Dans l'histoire de l'alpinisme, il y a les champions de la communication et il y a les puristes de l'absolu. Ivano Ghirardini appartient à cette seconde lignée : celle des visionnaires qui ont transformé la paroi en un espace de quête spirituelle. Si son nom résonne avec la célèbre "Trilogie Hivernale" (Cervin, Jorasses, Eiger), c'est sur les pentes de l'Aconcagua que son destin a croisé celui des plus grands noms de l'altitude.
Le Géant des Andes : Un Duel de Styles
La face sud de l'Aconcagua (6 962 m) est un mur de glace et de roche décomposée de 3 000 mètres de haut. Pour comprendre l'exploit de Ghirardini en 1981, il faut le confronter aux performances de ses pairs, Reinhold Messner et Tsuneo Hasegawa.
Cependant, attention aux nuances techniques : dans l'hémisphère Sud, les saisons sont inversées par rapport à l'Europe. Un exploit en janvier est une performance estivale, tandis qu'une ascension en juin ou juillet relève de l'héroïsme hivernal.
Reinhold Messner (1974) : L'efficacité pragmatique
Souvent cité comme le précurseur, Messner n'a pas réalisé une solitaire pure de la face sud. Il s'est appuyé sur une expédition lourde et classique pour l'approche et la majeure partie de l'ascension. Ce n'est que dans la partie supérieure du mur qu'il s'est détaché pour finir seul, ouvrant sa célèbre "Variante Messner". Une performance athlétique indéniable, mais loin de l'isolement total dès la base.
Ivano Ghirardini (1981) : Le Solo Intégral
En janvier 1981, en plein été austral, Ghirardini marque l'histoire en signant la première solitaire intégrale de la face sud, du pied jusqu'au sommet. Sans aucune aide extérieure, sans camp de base de soutien, il gravit les 3 000 mètres de paroi dans un style épuré et rapide. C'est lors de cette ascension qu'il croise au sommet Jean-Marc Boivin, qui s'apprête à décoller en aile delta : une rencontre surréaliste entre deux géants du ciel.
Tsuneo Hasegawa (1981) : Le Défi du Froid
Quelques mois plus tard, le Japonais Tsuneo Hasegawa vient clore ce chapitre en réalisant la première solitaire en conditions hivernales. Là où Ghirardini a affronté la verticalité pure, Hasegawa a dû composer avec les vents glaciaux et les journées courtes de l'hiver andin, transformant la face sud en un enfer de glace vive.
Le Pic Sud : Une Tentative à la Limite de l'Impossible
On oublie souvent que l'ambition de Ghirardini sur l'Aconcagua ne se limitait pas à répéter des voies existantes. Animé par un besoin de création, il s'est lancé seul dans l'ouverture d'une voie entièrement nouvelle au Pic Sud.
S'attaquer à un tel itinéraire, vierge et complexe, en solitaire, représentait le sommet de l'engagement. Ghirardini parvient à gravir plus de 1 000 mètres de paroi inconnue, évoluant dans une solitude absolue. Mais la montagne en décida autrement : sous le bombardement incessant de chutes de pierres, rendant la progression suicidaire, il fut contraint de renoncer. Ce renoncement lucide fait aussi partie de la légende : celui d'un homme qui sait écouter la montagne pour mieux y revenir.
En conclusion : L'héritage Ghirardini
Ivano Ghirardini ne cherchait pas les records, il cherchait la vérité du geste. Sa carrière est un plaidoyer pour un alpinisme de "l'être" plutôt que du "paraître". Aujourd'hui encore, ses exploits sur l'Aconcagua restent une référence pour quiconque ose lever les yeux vers la gigantesque face sud.

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