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La Trilogie des Faces Nord comme Archétype du Shadow Jungien

  Analyse Psychologique Jungienne Poussée : La Trilogie des Faces Nord comme Archétype du Shadow, Voie Royale d’Individuation et Nigredo Collectif/Individuel Les trois faces nord – Cervin (voie Schmid, 1931), Grandes Jorasses (éperon Walker/Croz, 1935-1938) et Eiger (voie Heckmair, 1938) – ne constituent pas une simple « trilogie technique » de l’alpinisme classique. Dans la psyché humaine, elles forment un archétype vivant , une constellation autonome de l’inconscient collectif qui se réactive avec une précision quasi synchronistique chez ceux dont le processus d’individuation exige une confrontation radicale avec le Shadow . Carl Gustav Jung l’écrit sans détour : « Tout le monde porte une ombre, et moins elle est incarnée dans la vie consciente de l’individu, plus elle est noire et dense. » (CW 9ii, § 14). La face nord, littéralement noire , froide, privée de soleil, est la projection parfaite de ce Shadow : non pas le mal moral, mais la totalité refoulée de la personnalité – mo...

La Première Ascension de la Face Nord de la Cima Ovest di Lavaredo

 

La Cima Ovest di Lavaredo, également appelée Westliche Zinne en allemand, est l'un des trois pics emblématiques des Tre Cime di Lavaredo dans les Dolomites italiennes. Culminant à 2 973 mètres, elle est la plus à l'ouest des trois cimes (Cima Grande, Cima Ovest et Cima Piccola). Sa face nord, une muraille verticale et impitoyable de plus de 600 mètres de hauteur, est l'une des parois les plus redoutées et mythiques des Dolomites, exposée aux vents froids et aux chutes de pierres, avec un rocher dolomitique friable qui défie les grimpeurs depuis des décennies.
Contexte Historique
Les années 1930 marquent l'âge d'or de l'alpinisme dolomitique, une ère de rivalités nationales entre Italiens et Allemands-Autrichiens, où les faces nord des Tre Cime deviennent des symboles de conquête. La face nord de la Cima Grande avait été vaincue en 1933 par Emilio Comici et les frères Dimai après trois jours d'efforts héroïques, un exploit qui inspira les alpinistes à s'attaquer à ses voisines. La Cima Ovest, avec sa paroi plus raide et ses dièdres profonds, résista plus longtemps. Avant la première ascension réussie, pas moins de 27 cordées – italiennes et germanophones – avaient tenté l'ascension sans succès, affrontant des tempêtes, des chutes de pierres et des passages en surplomb qui semblaient insurmontables.
La Première Ascension : Cassin-Ratti, 1935
La première ascension de la face nord de la Cima Ovest fut accomplie les 18 et 19 août 1935 par deux légendes italiennes : Riccardo Cassin et Vittorio Ratti. Cette voie, baptisée Cassin-Ratti (ou Via Cassin-Ratti), est une des grandes classiques extrêmes des Dolomites, cotée VI+ (ou VIII en libre, avec A0 pour l'aide artificielle). Longue d'environ 600 mètres, elle suit une ligne directe traversant des dièdres, des dalles lisses et des surplombs vertigineux, protégée par des pitons et des friends rudimentaires pour l'époque.
Riccardo Cassin (1909-2009), originaire de Lombardie, était un ouvrier devenu alpiniste d'élite. Connu pour sa ténacité et son innovation technique (il inventa le mousqueton à vis), Cassin avait déjà à son actif des ascensions mythiques comme la face nord-est du Piz Badile en 1937. À 26 ans lors de cette ascension, il mena la cordée avec une assurance inébranlable.
Vittorio Ratti (1905-1992), guide de haute montagne de la Valteline, était un partenaire fidèle de Cassin. Expérimenté sur les parois dolomitiques, il apporta son expertise en escalade artificielle, essentielle pour vaincre les passages les plus durs.
L'ascension dura deux jours intenses : ils bivouaquèrent une nuit à mi-paroi, suspendus dans le vide sous un ciel étoilé, luttant contre le froid et la fatigue. Partant du Rifugio Auronzo (2 323 m), ils atteignirent la base de la face nord via le sentier qui contourne les Tre Cime par le nord. La voie commence près d'un piédestal gris et grimpe en ligne droite, évitant les faiblesses évidentes pour privilégier l'esthétique et la difficulté. Au sommet, sous un soleil couchant, Cassin et Ratti plantèrent leur drapeau italien, marquant une victoire symbolique dans la course aux faces nord des Dolomites – une revanche sur les échecs allemands.
Cette ascension fit sensation : elle fut saluée comme un triomphe de l'"alpinismo eroico" italien, influençant des générations de grimpeurs. La voie reste aujourd'hui une référence, bien que modernisée avec des dégaines et des coinceurs ; elle exige une excellente condition physique et une gestion fine des runouts (passages peu protégés).
Pour l'anecdote, Emilio Comici, l'"Ange des Dolomites", bien qu'il ait conquis la Cima Grande en 1933, ne participa pas directement à cette première sur la Cima Ovest, mais son école d'escalade au Lac Misurina forma des disciples comme Cassin, qui perpétuèrent son style élégant et audacieux.


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