Analyse Psychologique Jungienne Poussée : La Trilogie des Faces Nord comme Archétype du Shadow, Voie Royale d’Individuation et Nigredo Collectif/Individuel Les trois faces nord – Cervin (voie Schmid, 1931), Grandes Jorasses (éperon Walker/Croz, 1935-1938) et Eiger (voie Heckmair, 1938) – ne constituent pas une simple « trilogie technique » de l’alpinisme classique. Dans la psyché humaine, elles forment un archétype vivant , une constellation autonome de l’inconscient collectif qui se réactive avec une précision quasi synchronistique chez ceux dont le processus d’individuation exige une confrontation radicale avec le Shadow . Carl Gustav Jung l’écrit sans détour : « Tout le monde porte une ombre, et moins elle est incarnée dans la vie consciente de l’individu, plus elle est noire et dense. » (CW 9ii, § 14). La face nord, littéralement noire , froide, privée de soleil, est la projection parfaite de ce Shadow : non pas le mal moral, mais la totalité refoulée de la personnalité – mo...
La face nord du Cervin et la voie Schmid
La face nord du Cervin, haute d’environ 1 100 mètres, est l’une des plus célèbres et redoutées des Alpes. Son immense mur d’ombre reste froid, dur, hostile. La voie Schmid, tracée en 1931 par les frères Franz et Toni Schmid, suit une ligne astucieuse à travers cette paroi, mais elle reste exposée et complexe.
L’itinéraire traverse de grandes pentes de neige et de glace, passe par une rampe diagonale impressionnante qui coupe toute la face, puis se faufile entre goulottes, couloirs et zones rocheuses souvent instables. On y rencontre de la glace raide, du mixte exigeant, et des passages rocheux parfois cotés IV ou V (échelle UIAA). C’est une voie longue, soutenue, très engagée, cotée “très difficile supérieur” (TD+).
Les étapes techniques
Le départ : franchir la rimaye, cette crevasse béante à la base de la paroi, déjà un test. Ensuite, on attaque les premières pentes de neige et de glace, où chaque pas doit être assuré par les crampons et le piolet.
La grande rampe diagonale : le cœur de la voie. Elle monte en biais vers la droite, alternant neige dure, glace et rocher. L’exposition est totale : une chute ici serait fatale.
Les goulottes et couloirs : plus haut, le grimpeur doit négocier des passages de glace raide, parfois verticale. Le piolet plante, les crampons mordent, chaque mouvement est lent, calculé.
Les passages rocheux : le Cervin est célèbre pour son rocher fissuré mais souvent friable. Trouver de bonnes prises, se protéger correctement, tout en restant rapide pour ne pas perdre de temps, devient un vrai casse-tête.
La sortie : à plus de 4 000 mètres, la fatigue, l’altitude et le froid se combinent. Le vent balaie la crête sommitale, et il reste encore toute la descente de l’arête du Hörnli, longue et complexe, avant d’être vraiment en sécurité.
Le solo de Dieter Marchart (22 juillet 1959)
Ce jour-là, Dieter Marchart choisit d’y aller seul. Sans compagnon, sans relais pour partager la charge, sans voix pour discuter des choix d’itinéraire. Il avance en solitaire dans cette immense face glaciale.
Chaque décision est sienne : quelle pente suivre, quel passage rocher choisir, où planter le piolet, quand s’arrêter, quand forcer. Le moindre faux pas peut tout faire basculer.
Il grimpe avec son sac chargé de matériel, de quoi se protéger, de quoi tenir si le temps se gâte. Mais surtout, il grimpe avec une force mentale hors du commun. Dans la solitude absolue de la face nord, il impose sa volonté à la montagne, mouvement après mouvement, jusqu’à atteindre le sommet.
L’importance de son ascension
Marchart signe la première ascension solitaire de cette voie mythique. À la fin des années 1950, c’est un exploit considérable : la voie était déjà une référence pour les cordées les plus solides. La gravir seul, c’était repousser les limites de l’audace et de la maîtrise technique.

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